Côte d'Ivoire: contes et coutumes Dan ou Yacouba

Auteur : Antoine Cailhoux, sma

Date de publication : dimanche 04 mars 2007

Cet article appartient aux catégories suivantes : Côte d'IvoireCulture.

Le Père Antoine Cailhoux, sma, raconte quatre deux contes et décrit deux coutumes de la région nord-ouest de Côte d’Ivoire

    Les nuits de pleine lune, on ne dort pas. On écoute les contes. Deux griots (A) et (B), masqués, miment le conte.

1. Le grain de riz en or

Ce conte veut enseigner : "Même si vous avez peu, partagez !! Ne gardez pas comme le font les égoïstes".

(A) Autrefois, autrefois, dans ce village, tous les villageois étaient planteurs. Planteurs de manioc. Planteurs de riz. Planteurs de tout.

(B) Mais voici Tokpa(1). Cet homme ne grandit pas. La force ne lui vient pas. Il est mendiant. Chaque jour. il s'assoit près de la place du marché. Il est mendiant. Ses frères lui donnent des graines, du poisson fumé, du riz pour son repas.

(A) Autrefois, autrefois, dans ce village, voici le griot. Il vient. Il dit :

(B) Demain, Dieu vient vous visiter. Venez le voir. Demain. Dieu vient chez vous. Tout simplement, avec ses chevaux. Il passe sur la route. Venez le voir. C'est tellement beau de voir Dieu passer à midi, demain.

(A) Tous ont entendu. Tokpa prend son petit sac et son tabouret. Il s'assoit devant la route, tout simplement : il veut voir Dieu passer .Il pense, il parle tout seul : "Mes frères sont allés a la plantation. planter leurs affaires. Je ne comprends pas Dieu vient chez nous. Il est beau à voir. Moi seul je suis là pour le voir passer. Je ne comprends pas".

(B) A midi. Regardez ! Les chevaux de Dieu arrivent tout droit. Tous marchent d'un seul pas. Le char de Dieu arrive tout droit. Un char tout en or, rempli de sacs d'or, que c'est beau à regarder !

(A) " Dieu m'a vu ! " s'écrie Tokpa. "Dieu est bon. Dieu est riche. Dieu m'a vu. Il va me donner une poignée d'or en passant".

(B) C'est vrai ! Les chevaux s'arrêtent d'un seul pas. Dieu se met debout dans son char en or. Avec sa main. avec sa bouche. il salue Tokpa deux fois (2) , puis descend vers lui, lui tend la main et lui dit " Que me donnes-tu ? "

(A) Tokpa regarde et pense : "Quoi ? Dieu a tout. Moi. je n'ai rien. Dieu me demande, à moi? Vraiment, je ne comprends pas".

(B) Tout en pensant, le mendiant prend un grain de riz dans son sac. et le met dans la main de Dieu. Dieu regarde le grain de riz de Tokpa, ferme sa main et dit "Merci, je passe, merci". et il remonte sur son char.

(A) Les chevaux frappent d'un seul pas ! Ils prennent la route. Ils sont partis.

(B) " Vraiment " ! se dit Tokpa "c'est trop beau de voir Dieu passer sur la route. Mais je ne comprends pas".

A) Le soir arrive. Tokpa s'assoit devant son feu. Il verse son sac de riz pour préparer son repas Et voilà ! Regardez ! Au milieu des grains de riz, regardez ! Un gros grain de riz en or ! Changé en or.

(B) " Vraiment, j'ai vu ", s'écrie Tokpa. Et il se met à pleurer. " Que je suis bête ! Vraiment, j'ai vu. Si j'avais donné tout mon riz dans la main de Dieu. c'est tout mon riz qui serait changé en or maintenant ! Que je suis bête ! "

(A) Autrefois, autrefois, dans ce village. Maintenant, maintenant, dans mon riz, je fais la part de Dieu

(B) Dans ma joie, dans ma danse. je fais la part de Dieu.

(A) Dans mon travail, dans ma peine, je fais la part de Dieu

(B) Mon père, ma mère, mes frères : leurs mains sont la main de Dieu… devant moi. Autrefois, autrefois. Maintenant. maintenant.

Notes :

(1) Tokpa veut dire: le bien nommé, celui qui a un joli nom. C'est un nom très commun chez les Dan.

(2) La coutume veut que l'on salue deux fois et que l'on réponde aussi deux fois.

2. Aujourd'hui et demain

Les funérailles, le labour des champs, les moissons du riz, la pêche dans le marigot, occasionnent des assemblées de famille, et même de village. Les griots en sont des personnages importants : chanteurs, musiciens, poètes, ils débitent les histoires traditionnelles, chantent la gloire des ancêtres et celle des chefs actuels, les joies et les peines de l'année, les contes. Ils mettent un grand soin à répéter les proverbes. Ils les encadrent dans des images très vivantes, et ils les miment

Dans ce conte, les griots jouent à deux. Le premier (A) porte le masque noir à trompe, la blouse rayée noir et bleu, la jupe de raphia, les grelots aux chevilles. Il frappe le tam-tam à fentes. Il débite le récit.

Le second (B), visage découvert, torse nu, coiffure à cimier, jupe de raphia, joue de Ia corne. Il mime les personnages évoqués, pose les questions, répète les proverbes,

Leur conversation est déclamée, chantée avec une grande fantaisie et entrecoupée par la corne et le tam-tam.

Ce conte veut souligner un constat : l'homme n'est jamais satisfait de ce qu'il possède aujourd'hui. Il est tendu vers demain.

(A) Ecoutez ! La route est belle ! Ecoutez ! Regardez ! Promenons-nous chez nos amis de la Terre. La route est longue. nous irons jusqu'au bout.

(B) Mon frère, une route qui s'arrête, est ce une vraie route ? (1)

(A) et (B) En avant ! En avant ! Pressons-nous. La route est belle ! Nous cueillerons la fleur et le fruit...

(A) Regardez, voici la maman devant la maison. Elle pile son manioc. Elle chante. Elle dit : "Vraiment. je suis heureuse aujourd'hui. Voyez mon bébé sur mon coeur, il embrasse ma joue. Vraiment, j'ai trouvé le bonheur aujourd'hui" !

(B) C'est vrai, bonne maman. Merci à Dieu. Tu es heureuse aujourd'hui. Tu as raison. Tu resteras toujours ainsi, ton petit collé à ta joue, toujours petit bébé sur ton cœur, toujours aujourd'hui dans ton bonheur.

(A) Non, non ! dit-elle, effrayée, fâchée, non. Mon petit grandira. Il sera le premier pour le jeu. Pour les semailles. Le premier pour la moisson. Mon enfant grand et fort. Oui, mon enfant de demain voilà mon bonheur aujourd'hui.

(B) Mon frère, une maman sans bébé, est-ce une vraie maman ?

(A) Un bébé qui ne grandit pas, est-ce un vrai bébé ?

(A) et (B) En avant ! En avant ! Pressons-nous. La route est belle ! Nous cueillerons la fleur et le fruit...

(A) Regardez : voici le petit écolier. Il siffle sur la route. Il danse. Il dit : "Vraiment je suis heureux aujourd'hui. Ma première culotte nie va bien. Déjà mon premier livre sur ma tête (2). Je connais une nouvelle chanson. Vraiment. J'ai trouvé le bonheur aujourd'hui".

(B) C'est vrai ! Petit garçon ! Merci à Dieu. Tu es heureux aujourd'hui. Tu as raison. Tu resteras toujours ainsi, dans ta première culotte, sifflant ta nouvelle chanson. Toujours aujourd'hui dans ton bonheur.

(A) Non. non ! dit-il, effrayé, fâché. Non ! Je veux grandir. J'aurai un pantalon long. Je connaîtrai tous les livres ! Je sifflerai toutes les chansons. Oui. ma tête de demain, mon devoir de demain, voilà mon bonheur aujourd'hui.

(B) Mon frère, un promeneur assis, est-ce un vrai promeneur ? Un oiseau sur sa branche. est-ce un vrai oiseau ?

(A) et (B) En avant ! En avant ! Pressons-nous ! La route est belle. Nous cueillerons la fleur et le fruit...

(A) Regardez, voici le planteur debout, dans la boue de la rizière. Il chante, il dit : "Vraiment, je suis heureux aujourd'hui, mon champ planté, ma peine est finie. La terre est bonne, l'eau du ciel abonde. Vraiment, j'ai trouvé le bonheur aujourd'hui".

(B) C'est vrai, ami planteur. Merci à Dieu. Tu es heureux aujourd'hui. Tu as raison.Tu resteras toujours ainsi, debout, dans la boue de ta rizière, chantant au bout de ta peine. Toujours aujourd'hui dans ton bonheur.

(A) Non, non ! dit-il, effrayé, fâché. Non. Le riz mûrira. Nous fêterons la moisson. Nous partagerons les gerbes. Les ancêtres auront leur offrande. Toutes les faims seront rassasiées. Oui, les greniers pleins de demain, voilà mon bonheur aujourd'hui.

(B) Mon frère, un riz qui reste en herbe, est-ce un vrai riz ?

(A) Un gâteau jamais mangé, est-ce un vrai gâteau ?

(A) et (B) En avant ! En avant ! Pressons-nous. La route est belle. Nous cueillerons la fleur et le fruit...

(A) Regardez : voici le nouveau roi. Il étale le pagne de sa sagesse. Il se balance. il dit : "Vraiment. je suis heureux aujourd'hui. Les ancêtres me bénissent, mon nom est grand. Les uns, il les fait danser. Les autres, il les fait trembler. Vraiment, j'ai trouvé le bonheur aujourd'hui"

(B) C'est vrai, roi nouveau. Merci à Dieu. Tu es heureux aujourd'hui. Tu as raison. Tu resteras toujours ainsi, en train de piler (3) ta sagesse et ta peur, dans les têtes et dans les cœurs, Toujours aujourd'hui dans ton bonheur

(A) Non, non ! dit-il, effrayé, fâché. Mon nom grandira. Les griots chanteront ma loi.Je façonnerai mes amis partout. Mes ennemis seront effacés de la terre. Chez moi sera un monde de rêve. Oui, mon grand nom de demain. voilà mon bonheur aujourd'hui.

(B) Mon frère. toi, bouche qui promet (4), toi, je te suis.

(A) Toi, main qui donnes aujourd'hui (5), toi, je veux t'oublier.

(A) et (B) En avant ! En avant ! Pressons-nous. La route est belle. Nous cueillerons la fleur et le fruit...

(A) Regardez, voici le bon grand-père assis au soleil. près de son frère. Il pense, il dit : "Vraiment. je suis heureux aujourd'hui. Mes enfants sont nombreux et riches. La piste des ancêtres est leur piste (6). Mêmes têtes. mêmes yeux, mêmes bouches. Vraiment. J'ai trouvé le bonheur aujourd'hui".

(B) C'est vrai, bon grand-père. Merci à Dieu. Tu es heureux aujourd'hui. Tu as raison. Tu resteras toujours ainsi, ta joue posée sur tes mains, tes mains posées sur ta canne, ta canne droite devant ta chaise. Toujours aujourd'hui dans ton bonheur.

(A) Non, non ! dit-il, effrayé, fâché. Non ! La pioche usée .. plongée dans le brasier, la joie du forgeron la rend neuve. Ma bouche criera l'effort du redépart. Mes yeux verront le soleil du premier jour. Oui, mes forces de demain, oui, mon cœur de demain, voilà mon bonheur aujourd'hui.

(B) Mon frère, une route toujours pareille, est-ce une vraie route ?

(A) Pressons-nous, pressons-nous, Là-bas est plus beau qu'ici.

(A) et (B) Pressons-nous, pressons-nous, Il est plus tard que tu ne dis.

(A) Ne sois pas trop pressé. Sois d'abord bien parfumé (7).

(A) et (B) Demain. plus grand qu'aujourd'hui dans ton cœur... Demain, plus grand qu'aujourd'hui dans ton cœur

Demain, plus grand qu'aujourd'hui dans ton cœur... Demain, plus grand qu'aujourd'hui dans ton cœur..

Notes

1) Cette question est un proverbe qui enseigne que l'homme n'est jamais satisfait de ce qu'il a : il veut toujours du nouveau.

2) Beaucoup d'écoliers n'ont pas de cartable pour emporter leurs livres, leurs cahiers et bics à l'école. Ils les posent donc sur leur tête... en ajoutant une pierre pour que le vent ne disperse rien.

3) En train de dire, de redire, d'expliquer, de faire entrer ta sagesse et ta peur dans la tête et le coeur de tes sujets, de tes administrés.

(4) La promesse n'a pas de mesure : elle fait donc des partisans empressés, comme les poules qu'on appelle. Ceux que tu as appelés par des promesses estiment qu'ils ont des droits sur toi ils s'attachent à toi.

(5) Si tu donnes aujourd'hui, tu fais des jaloux, des gens qui estiment que tu ne donnes jamais assez.

(6) Le grand-père se réjouit de ce que ses enfants et petits-enfants suivent la voie tracée par les ancêtres. c'est-à-dire la morale en vigueur dans le groupe. On reproche souvent aux jeunes de ne pas en tenir compte, et d'en faire à leur tête, sans s'occuper des désagréments et déplaisirs qu'ils occasionnent pour les autres vivants, et même pour les ancêtres qui manifesteront leur mécontentement en envoyant des malheurs.

7) Se parfumer, c'est le dernier acte, quand on fait sa toilette. On exprime ainsi, aux autres et à soi-même. qu'on est prêt pour se présenter en public, pour parler, décider, agir, partir en voyage, etc.

3. La coutume du feu nouveau

Logé dans la plus belle maison du village, celle du chef, avec lit de camp et moustiquaire, j'aurais dû me reposer tout à mon aise. Cependant. je n'ai guère dormi, car toute la nuit, dans la pièce voisine, un enfant a pleuré son mal de dents. Si bien qu'au troisième chant du coq, vers 5 h 30, je suis venu m'asseoir sur le banc en pierre, à l'entrée de la place du marché, devant le village endormi. Peu à peu, la lumière se fait. Les cases s'ouvrent.

Voici une vieille femme qui vient. Elle porte une large cuvette sur la tête, A vingt mètres de moi, elle s'arrête et commence une lamentation. Elle pleure, elle se plaint très fort. pour être entendue. Pivotant sur elle-même, calmement mais très fort, elle répète sa lamentation vers toutes les directions, en gardant sa cuvette sur la tête.

Des femmes arrivent à petits pas, de toutes les cases, Chacune est accompagnée par une petite fille de sept à huit ans. Femmes et fillettes portent sur le tête, chacune, un bois sec de trois à quatre mètres de long, calciné à un bout. Elles me regardent du coin de l'œil, sans me voir. Arrivées vers la vieille qui pleure, elles se disposent en un grand cercle, et placent leurs bâtons à terre, les bouts brûlés posés les uns sur les autres, en rond, formant ainsi comme un soleil rayonnant

Le chef du village aussi est venu. Sous son boubou traditionnel, il retient un gros paquet sur son ventre.

Quand toutes les ménagères sont là, le chef du village prend la parole. Il salue longuement les femmes. Puis, au nom des ancêtres, il les remercie de tant aimer le bonheur dans le village, l'entraide et la bonne santé. Ensuite, il sort la brassée de fibres de palmiste (1) qu'il tenait sous son boubou et la porte au milieu du soleil de bâtons. Il répartit soigneusement les fibres sèches et huileuses sur les bouts charbonnés.

Au même moment. la grand-mère griote (2) a posé la cuvette sur son ventre. Ses voisines l'aident, elles remuent les braises endormies dans le feu, sous les cendres. Elles ventilent, elles soufflent au bon endroit. Et bientôt, la flamme s'élève dans la cuvette.

Au même moment aussi, les langues se délient. Femmes et fillettes se font les bonjours traditionnels, demandent la nouvelle des vieux, des bébés, et parlent de tout en riant.

Lorsque les flammes sont bien vives, trois femmes prennent la cuvette et viennent la verser sur le tas des fibres huileuses. Bien vite, ce tas prend feu, les bouts charbonnés s'enflamment.

Le vent promène la fumée âcre sur les visages du cercle. C'est une occasion de se remuer et de rire. La bonne humeur générale, le bon voisinage s'expriment de nombreuses façons. Et le chef du village proclame sa joie et ses encouragements. "Feu nouveau, tu es bon. tu éclaires fort, tu chauffes fort. Ton parfum est fort. Tu es le bon génie de notre village. A vous, nos grandes sœurs, et nos petites sœurs, merci., merci. Vivons de bon cœur, de bon cœur."

Toutes répondent : "Oui. merci, Oui. merci."

Enfin, chaque femme. chaque fillette retire son bois du foyer, s'en réjouit, en dit du bien et lui parle. Puis chacune le prend sur sa tête et regagne sa cuisine. En arrivant, elle le placera entre les pierres du foyer et allumera son feu.

Commentaires :

Le village a besoin du feu nouveau. En effet, le malheur est entré au village par plusieurs portes, Il y a eu des morts subites, un jeune homme est tombé d'un palmier. Des enfants sont tombés malades, le scorpion a piqué trois personnes. Des femmes se sont insultées, frappées à coups de bâtons. Le vent de tornade a renversé deux cases. Le maître-griot, dans son rêve, a vu un grand diable se promener entre les cases en traînant sa queue enflammée...

C'est pour cela que la reine des grand-mères a décidé, avec le chef du village, de faire le feu nouveau. Le même pour tous les habitants du village. Depuis hier au coucher du soleil, les foyers des cuisines sont éteints. Maintenant que c'est le même feu chez tous, les femmes ont oublié leurs palabres: elles n'y penseront plus. Le parfum du village a changé. La fièvre, la rougeole, les diables ne connaissent plus la route du village, ils ne viendront pas jusqu'ici. Avec le feu nouveau., la joie et l'entraide sont revenues au village, suivant la coutume.

Notes :

(1) Ce sont les fibres qui entourent les noix de palme ; elles sont très huileuses et vont vite prendre feu.

(2) Elle est la porte-parole des femmes dans les réunions au village. C'est elle aussi qui mène cette cérémonie

4. La garde au feu (région de Danané)

En janvier, février et mars, les villages sont vides, parce que leurs habitants vont chaque matin au champ pour les labours et les semailles du "riz de montagne". Pour prévenir les risques d'incendies, les Dan ont mis sur pied un service de garde, qui est assuré par les habitants du village, à tour de rôle. Dès l'âge de quinze ans, les garçons sont fiers d'être initiés à ce service. Les femmes en sont dispensées. Dès le point du jour, le village se vide : hommes, femmes, chiens, enfants partent au champ. Dabas (1) et machettes (2) font des exploits. Les ritournelles traditionnelles à voix basse soulignent les efforts et les succès du plat quotidien, du "riz du soir". Une racine de manioc. une banane, cuites sur la braise, entretiennent l'énergie. Un peu de repos sous un abri de feuilles de palmier.

Avant de quitter le village, la ménagère s'assure que les seaux dans la cuisine sont pleins d'eau, que le feu est éteint et que la clé de la porte de la cuisine est à sa place, dans la serrure. Le maître de la maison place, à droite de l'entrée de la cour, un panier contenant une dizaine de pierres de la taille d'un citron et, à gauche de l'entrée, un panier vide.

La garde au feu commence son service. Voici le gardien, vêtu de la blouse courte à bandes blanches, noires et bleues. Il porte la coiffe ornée d'une crinière de cheval et un masque fait de fins rubans verticaux, alourdis par quelques noyaux de graines de palmier. Le gardien n'a pas d'identité, il ne parle à personne. Comme le juge et le griot des bénédictions, tu le vois et tu ne le connais pas. A sa ceinture, pend une cuillère à riz et sa machette d'honneur dans le fourreau. A côté de lui marche le jeune apprenti gardien, en tenue de sportif, sans masque : il porte un seau plein d'eau et une lance courte, pour les serpents, dit-on.

Les deux, en silence, tranquillement, observent tout, allant d'une cuisine à l'autre. Le gardien ouvre la porte de la cuisine, constate qu'il n'y a ni feu ni serpent, ferme la porte, prend une pierre dans le panier de droite et la met dans le panier de gauche : c'est un compte-tours. Pas de cuisine oubliée, négligée.

Si quelqu'un se présente à la porte du village, la garde au feu arrive vite pour "tout voir". L'apprenti présente une cuillerée d'eau, puis viennent les salutations et la conversation : il rappelle qu'on refuse les pipes et les cigarettes. Il invite les commerçants ambulants à revenir plus tard. Le gardien assiste. il ne parle pas.

Vers cinq heures du soir, les laboureurs reviennent. Le village s'anime. La garde au feu fait son rapport au chef du village, au chef de la terre ; échange de remerciements.

Demain. deux autres gardiens seront de service, très appliqués aux rites traditionnels,

Notes :

(1) Large houe, qui sert à rassembler la terre pour en faire une butte ou un billon.

(2) Longue serpe droite, tranchante d'un côté, qui sert à couper les branchages ou même l'herbe.

 

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